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    Entraînement en langues : Anglais, Allemand, Espagnol



    Anglais

     Les traductions de cette rubrique sont des oeuvres originales de l'auteur et relèvent donc du Code de la propriété intellectuelle. Elles peuvent toutefois être utilisées avec des étudiants dans un but pédagogique et non lucratif, à condition d'indiquer leur origine et leur auteur.
 Les auteurs

    Thèmes traduits :

    Thème 1
    Thème 2
    Thème 3

     
    THEME 1 : Harry Potter au pays du marché triomphant


    Avec la série des Harry Potter, l’écrivain J.K. Rowling a réussi la gageure de réenchanter le monde : le lecteur voit ainsi se déployer sous ses yeux un univers proprement magique, où l’on trouve des voitures qui volent, des sortilèges qui vous font vomir des limaces, des arbres donnant des coups de poing, des livres qui mordent la main de leur propriétaire, des portraits se disputant entre eux et des dragons avec des queues à pointe. A priori donc, il n’y a rien de commun entre le monde de Harry et le monde ordinaire de notre perception habituelle. Rien du tout excepté un détail : comme le nôtre, l’univers fantastique de Harry Potter est un univers capitaliste.
    Poudlard est une école de sorcellerie privée, et son directeur doit sans cesse se battre contre l’État essentiellement représenté par l’inepte ministre Cornelius Fudge, le ridicule fonctionnaire Percy Weasley et l’odieuse inspectrice Dolores Ombrage.
    Les apprentis sorciers sont en même temps des consommateurs qui rêvent d’acquérir toutes sortes d’objets magiques hi-tech comme des baguettes ‘haute performance’ ou des balais volants ‘de marque’ dernier cri, fabriqués par des multinationales.
    Poudlard n’est donc pas seulement une école, mais aussi un marché visiblement très juteux : soumis à un matraquage publicitaire incessant, les pensionnaires ne sont jamais aussi heureux que quand il peuvent dépenser leur argent dans les établissements qui entourent le collège.

 Ilias Vocaris, Le Monde, juin 2004

    Corrigé

Harry Potter in Marketland / in the land where market rules

    With the Harry Potter series, J. K. Rowling has achieved the impossible – she has managed to enchant the world again. A magical universe is displayed right under the readers’ eyes, with /where they can see flying cars, spells that make people/you/ their victims spew/vomit/ slugs, trees that give punches/ punch you/books that bite the hands of their owners/ portraits that argue with one another, dragons with pointed tails.
    On the face of it/ at first sight the world of Harry Potter has nothing in common with the ordinary world we usually perceive. Nothing at all except one detail: like ours, the fantastic world of Harry Potter is a capitalist universe.
     Hogwarts is a private sorcery school, and its director/principal has to battle/fight constantly against/ has to wage a ceaseless war against the State as represented, mainly, by the inept/silly minister of magic, Cornelius Fudge, the ridiculous government official/civil servant Percy Weasley and the obnoxious inspector Dolores Ombrage.
    The apprentice sorcerers are also consumers who dream of acquiring all sorts/kinds of high-tech magical objects, like/such as high-performance wands or the latest/hypest branded/brand-name flying brooms, manufactured by multinational corporations.
    Hogwarts, then, is not only a school but also a market, obviously a very lucrative one to boot. Subjected to an incessant advertising onslaught, the students are never as happy as/ happier than when they can spend their money in the shops/stores near the school.


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    THEME 2

    Kenneth Lay, 64 ans, ancien PDG et fondateur d'Enron, est mort mercredi 5 juillet à Aspen, dans le Colorado. La vie de Kenneth Lay a basculé le 2 décembre 2001, quand Enron a fait faillite, la plus importante alors de l'histoire des Etats-Unis. La septième société américaine, 101 milliards de dollars de chiffre d'affaires, s'effondrait du jour au lendemain, ouvrant la voie à une série de scandales à Wall Street.
    Quatre ans et demi plus tard, le 25 mai dernier, Kenneth Lay a été jugé coupable par le tribunal fédéral de Houston (Texas) de banqueroute frauduleuse. La sentence devait être prononcée le 23 octobre prochain. Il était passible de quarante-cinq années de prison et a toujours clamé son innocence, affirmant que la faillite était la conséquence d'une panique créée par les médias.
    Son procès a été l'un des plus médiatisés et des plus longs de la criminalité d'entreprise. Les 5 600 anciens employés qui ont tout perdu, y compris leurs retraites, et des centaines de milliers d'actionnaires exigeaient des réponses sur les responsabilités à la tête du groupe texan. Pendant des années, les comptes ont été manipulés à l'insu ou avec la complicité des dirigeants, des auditeurs, des administrateurs, des avocats, des banquiers. Cette « entreprise du vingt-et-unième siècle » s'était construite sur un énorme mensonge.

D’après Eric Leser
LE MONDE du 07.07.06


    Corrigé proposé

    Kenneth Lay, 64, Enron’s founder and former CEO, died on Wednesday, July 5th in Aspen, Colorado. His life went into a tailspin when Enron went bankrupt, on December 2nd 2001 — the then biggest bankruptcy in the history of the United States / the biggest… at the time. The seventh most powerful firm in the US, with a 101 billion dollar-turnover, collapsed overnight, triggering off / paving the way for / a string of / a series of / scandals in Wall Street / at the NYSE.
    Four years and a half later, on May 25th (this year) / last May 25th, Kenneth Lay was convicted by the federal court of Houston (Texas) with fraudulent bankruptcy. The sentence was to have been issued next October 23rd. Though he risked 45 years in prison, / a 45-year prison sentence, / he had always claimed he was innocent, and the bankruptcy of Enron was nothing but the consequence of a panic generated by the media.
    His was one of the longest trials about corporate crime, and one of those with / those that got / the biggest media coverage. Enron’s 5600 former employees lost everything, including their pension benefits / pensions included / and hundreds of thousands of stockholders demanded clear answers on the actual responsibilities at the head of the Texan group. For years, the books were cooked / had been cooked / while top management, auditors, administrators, lawyers or bankers did not know — or knew all too well. That self-professed / alleged / so-called / “twenty-first-century (21st century) corporation” had been built upon a huge lie.


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    THEME 3 : Un ticket d’entrée à 20 dollars

    Le Moma est devenu le musée le plus cher des Etats-Unis et même sans doute du monde. En rouvrant après deux ans de travaux dirigés par l’architecte Yoshio Taniguchi, le Museum of Modern Art de New York a augmenté son prix d’entrée de 67%. Les critiques ont eu beau se multiplier ces temps derniers contre ce coup bas porté à la « démocratisation de l’art contemporain », le directeur Glenn Lowry assure, lui, qu’il y a suffisamment d’amateurs prêts à payer ce prix.
    Il n’a de toute façon guère le choix pour combler le trou de 20 millions de dollars dans son budget de fonctionnement. En bon libéral, le maire de New York, Michael Bloomberg, a clos la polémique : « Le Moma est une institution privée. Si c’est trop cher pour vous, il y a beaucoup d’autres musées à Manhattan. »

    Corrigé proposé

A 20-dollar admission fee
     The Moma has lately become the most expensive museum in the USA, and possibly in the world. When reopening / it reopened / after a two-year restoration / renovation / under the direction of architect Yoshio Taniguchi, New York’s Museum of Modern Art hiked up its admission fee by 67%. Despite a lot of criticism lately about this unfair attack against “the democratisation of modern art”, director Glenn Lowry, as for him, asserts there are / asserted there were / enough enthusiasts who are / who were / ready to pay the price.
    Anyway, there are not many other alternatives to write off the debt — which amounts to no less than $20m (20 million dollars) — in the accounts of the museum. New York’s mayor, Michael Bloomberg, as a good supporter of the free market, decided to put an end to the controversy, by declaring: “The Moma is a private institution. If it is too expensive for you, there are a lot of other museums in Manhattan.”

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Allemand

 Les traductions de cette rubrique sont des oeuvres originales de l'auteur et relèvent donc du Code de la propriété intellectuelle. Elles peuvent toutefois être utilisées avec des étudiants dans un but pédagogique et non lucratif, à condition d'indiquer leur origine et leur auteur.

 Michel Luciani

Traductions :

1. Iéna 2003 LV1
2. Ecricome 2004 LV1
3. Iéna 2004 LV1
4. Ecricome 2005 LV1
5. HEC 2005 LV1
6. HEC 2005 LV1 (épreuve d'anglais)
7. Iéna 2005 LV1
8. Ecricome 2006 LV1
9. HEC 2006 LV1

D'autres thèmes sont disponibles à Allemandsuperieur

Iéna 2003 LV1

Ne pourrait-on pas penser que les problèmes liés à l'élargissement de l'Europe vers l'Est montrent justement que le poids du passé continue à influencer la politique allemande ?
Alfred Grosser : Ceux qui craignent que cette évolution conduira à un regain de puissance de l'Allemagne se trompent. Un simple constat : même si l'ancienne génération continue à parler majoritairement l'allemand en République tchèque ou en Hongrie, la plupart des jeunes, eux, se mettent à l'anglais. En fait, cet élargissement pose à l'Allemagne un problème complexe, car les capitaux que les hommes d'affaires allemands investiront à Prague ne seront pas investis à Leipzig ou ailleurs dans l'ex-Allemagne de l'Est.
 Or on est en train de découvrir que l'unification n'a toujours pas été réalisée et qu'une véritable récession économique, encore aggravée par le départ de nombreux jeunes à l'Ouest, menace maintenant les régions de l'Est…

D'après une interview d'Alfred Grosser dans 
«Le Nouvel Observateur» N° 1976, 25 septembre 2002


Corrigé


Könnte man nicht denken, dass die Probleme, die mit der EU-Erweiterung nach dem Osten hin einhergehen, eben zeigen, dass die Vergangenheit weiterhin auf der deutschen Politik lastet?
Alfred Grosser : Diejenigen, die fürchten, diese Entwicklung könnte zu einem erneuten Machtzuwachs Deutschlands führen, irren sich. Wir stellen ganz einfach fest, dass in der Tschechischen Republik oder in Ungarn die meisten Jugendlichen nun die englische Sprache erlernen, auch wenn die ältere Generation weiterhin überwiegend Deutsch spricht. Diese EU-Erweiterung stellt eigentlich Deutschland vor ein komplexes Problem, denn die Gelder, die die deutschen Geschäftsleute in Prag investieren werden, können eben nicht in Leipzig oder anderswo in der Ex-DDR investiert werden.
 Dabei nimmt man gerade wahr, dass die Wiedervereinigung immer noch nicht verwirklicht ist und dass eine regelrechte Rezession nunmehr den ostdeutschen Regionen droht, wobei diese Rezession auch noch dadurch verschlimmert wird, dass viele junge Deutsche in den Westen ziehen…

Nach Le Nouvel Observateur

Ecricome 2004 LV1


Ce fut un mariage d'amour. Peu de femmes auront, je le crois, été aimées comme j'ai eu la chance de l'être. J'ai trouvé un vrai bonheur à vivre cet amour sans cesse démontré. Nous voulions fonder une famille. Jean-Marc souhaitait huit, dix et pourquoi pas douze enfants ! C'était beaucoup trop pour moi, qui estimais mes capacités éducatives à un moindre niveau. J'avais déjà conquis un peu de liberté, je n'étais pas prête y renoncer. Nous avions conclu un pacte. Jean- Marc s'est engagé à prendre une grande part à l'éducation des enfants afin de me permettre d'élargir mon champ d'activité. Nous avons eu sept enfants. Et, chaque fois, il a respecté sa promesse. Comme moi, il a donné les biberons la nuit, il a accompagné les enfants à l'école, il a rencontré leurs professeurs, il s'est occupé d'eux le dimanche. Et cela à une époque ou le partage des tâches au sein du couple était loin d'être à l'ordre du jour. Il a été et reste un père exemplaire.

D'après Monique Pelletier,
  La ligne brisée, Éditions J'ai lu, 1995


Corrigé


Es war eine Liebesheirat. Wenigen Frauen, glaube ich, dürfte der Glücksfall zuteil geworden sein, so sehr geliebt zu werden wie ich selbst. Ich habe ein wahres Glück dadurch genossen, dass ich diese immer wieder erwiesene Liebe erleben konnte. Wir wollten eine Familie gründen. Jean-Marc wünschte sich acht, zehn oder sogar zwölf Kinder! Es war mir viel zu viel, denn ich schätzte meine erzieherischen Fähigkeiten nicht so hoch ein. Ich hatte mir schon etwas Bewegungsfreiheit erkämpft und war nicht bereit, darauf zu verzichten. Wir hatten einen Pakt geschlossen. Jean-Marc hat sich verpflichtet, einen Großteil der Kindererziehung auf sich zu nehmen, damit ich mein Betätigungsfeld erweitern konnte. Wir haben sieben Kinder gehabt. Und jedesmal hat er sein Versprechen eingehalten. Er hat wie ich nachts die Flaschen gegeben, die Kinder zur Schule begleitet, hat auch deren Lehrer aufgesucht und sie sonntags betreut. Und dies zu einer Zeit, wo die Aufgabenteilung im Ehepaar überhaupt nicht zur Debatte stand. Er war und ist immer noch ein vorbildlicher Vater.

Nach Monique Pelletier

Iéna 2004 LV1 (avec l'autorisation d'Espace Prépas)


Le gouvernement français veut supprimer un jour férié au nom de la solidarité envers les personnes âgées. Le choix de ce jour n'étant pas encore définitivement fixé, je propose le 14 juillet, car ce jour n'a plus aucun sens : L'égalité ? La fraternité ? Que veulent dire ces mots dans notre société actuelle ?  La mortalité exceptionnelle de nos concitoyens âgés, une honte pour un pays développé comme le nôtre, s'explique par l'individualisme grandissant, les relations familiales détériorées. Elle résulte aussi de la vie « moderne » qui promeut la mobilité professionnelle au lieu de protéger toutes les structures familiales. Gouverner, c'est prévoir, dit-on. Il semble que nos hommes politiques n'ont pas réagi assez vite cet été. N'auraient-ils pas pu faire une campagne de prévention sur les risques liés à la chaleur ? Mais peut-être était-il plus facile de nous imposer une journée de travail supplémentaire et de transformer une erreur en culpabilité collective…

D'après un article de Jean-Philippe Cottin et et A. Cluzet
Télérama n°2800 du 13 au 19 septembre 2003

Corrigé


Die französische Regierung will einen arbeitsfreien Tag streichen und zwar im Namen der Solidarität mit den Senioren. Da die Wahl dieses Tages noch nicht endgültig feststeht, schlage ich den 14. Juli vor, denn dieser Tag hat ja keine Bedeutung mehr : Gleichheit? Brüderlichkeit? Was heißen wohl diese Wörter in unserer heutigen Gesellschaft? Die außergewöhnlich hohe Sterblichkeitsziffer unserer alten Mitbürger, die ja für ein entwickeltes Land wie unseres eine Schande ist, erklärt sich aus dem zunehmenden Individualismus und den zerrütteten Familienverhältnissen / der Verschlechterung der Beziehungen im Familienkreis. Sie ist auch auf die „moderne” Lebensart zurückzuführen, die die berufliche Mobilität fördert, statt alle familiären Strukturen zu schützen. Die Regierungskunst ist die Kunst der Voraussicht, heißt es. Allem Anscheine nach haben unsere Politiker im letzten Sommer nicht schnell genug reagiert. Hätten sie nicht eine Präventivkampagne gegen die Risiken starten können, die mit der Hitzewelle verbunden sind?  Es war aber wohl viel einfacher, uns einen zusätzlichen Arbeitstag aufzuerlegen und einen Fehler in eine Kollektivschuld zu verwandeln…

Nach Télérama

Ecricome 2005 LV1


Le déclin de l'empire

Hartmut, carrossier, épaules larges et cheveux courts, presse le pas pour aller travailler. Il est inquiet pour son avenir, comme la plupart de ses collègues des chaînes de montage de Volkswagen à Wolfsburg. Le directeur financier du trust numéro 1 de l'automobile européenne évoquait, ces dernières semaines, la suppression de 30000 emplois dans les années à venir, si les salariés n'acceptent pas le blocage de leurs salaires. Hartmut travaille depuis vingt-quatre ans chez Volkswagen et la "garantie de l'emploi" est pour lui aussi importante que les augmentations de salaire. "Plus même", rectifie-t-il. Wolfsburg emploie 50000 salariés, dont 20000 environ à la production. Sur les 176544 employés du groupe, 103000 travaillent dans les usines de l'ouest de l'Allemagne. Volkswagen s'est forgé une réputation de modèle social en instaurant la réduction et la flexibilité du temps de travail contre les suppressions d'emploi. Mais, selon la direction, les salaires de VW sont supérieurs de 20 ceux de la branche métallurgie et de 11eux de Mercedes ou BMW.

Sud-Ouest 25/10/2004

Corrigé 

Der Verfall des VW-Reiches

Hartmut, ein Karosseriebauer mit breiten Schultern und kurzen Haaren beschleunigt seine Schritte auf dem Weg zur Arbeit. Er ist um seine Zukunft besorgt, wie die meisten Kollegen von den Montagebändern bei Volkswagen in Wolfsburg. Der Finanzgeschäftsführer des Konzerns Nummer eins der europäischen Automobilindustrie erwähnte in den letzten Wochen den eventuellen Abbau von 30000 Arbeitsplätzen in den kommenden Jahren, wenn die Arbeitnehmer den Lohnstopp nicht annehmen. Hartmut ist seit vierundzwanzig Jahren bei Volkswagen tätig und „die Sicherung des Arbeitsplatzes” ist für ihn genauso wichtig wie die Lohnerhöhungen. „sogar mehr”, berichtigt er sich. Wolfsburg beschäftigt 50000 Arbeitnehmer, darunter etwa 20000 bei der Herstellung. Von den 176544 Mitarbeitern des Konzerns arbeiten 103000 in den westdeutschen Werken. Volkswagen hat sich den Ruf eines sozialen Vorbilds erworben, indem er zur Bekämpfung des Stellenabbaus die Arbeitszeitverkürzung und –flexibilität einführte. Die Direktion meint aber, die Löhne seien bei VW um 20 Prozent höher als (die) bei der Metallbranche und um 11 Prozent höher als (die) bei Mercedes oder BMW.

Nach Sud-Ouest


HEC 2005 LV1

Elle est entrée dans le café enfin. Des paquets à la main. Radieuse. Si belle. La souplesse de ce corps de danseuse.
- Où étais-tu passée ? Je commençais à être un peu inquiet…
- Oh, excuse-moi… Je me suis attardée dans les magasins… Une librairie, tout près d'ici…
Il a regardé ce qu'elle avait acheté. Un livre sur Egon Schiele, un autre sur les dessins de Dürer conservés à l'Albertina.
- Tu deviens viennoise, à ce que je vois…
- J'essaie, j'essaie… J'adore cette ville…
- Parce que tu viens d'arriver… Moi, tu sais, j'ai pour Vienne des sentiments beaucoup plus ambigus…
- Qu'est-ce que c'est, au fait, ce café?
- Le Braunerhof ? Mon dernier repaire… Celui où je viens lire le journal, rencontrer les copains de l'orchestre… On peut y déjeuner, aussi, à midi, c'est commode… Tu sais, à Vienne, chaque café a sa personnalité… Il faut savoir en changer… Le Havelka, par exemple, a perdu tout son charme, depuis quelques années… Maintenant, c'est rempli de touristes, d'étudiants, très bruyants… Le Sperl, lui, est devenu un peu triste… déserté…
- Eh bien, moi, j'ai découvert un café formidable… Toute seule…
- Toi, Barbara ? Dis-moi…

Guy Scarpetta, La suite lyrique, Paris, Grasset, 1992


Corrigé

Endlich hat sie die Gaststätte betreten. Mit Paketen in der Hand. Strahlend. So schön. Und wie geschmeidig, dieser Körper einer Tänzerin!
- Wo bist du denn geblieben? Ich wurde langsam um dich besorgt…
- Oh, Verzeihung, ich habe mich etwas länger in den Geschäften aufgehalten … In einer Buchhandlung, die ganz in der Nähe ist…
Er sah nach, was sie gekauft hatte. Ein Buch über Egon Schiele, ein anderes über die Zeichnungen Dürers, die in der „Albertina” aufbewahrt sind.
- Du wirst Wienerin, wie ich sehe…
Ich versuch's wenigstens… ich habe diese Stadt unheimlich gern…
- Weil du erst seit kurzer Zeit hier bist… Ich aber empfinde Wien gegenüber viel mehr gemischte Gefühle, weißt du…
- Was ist das eigentlich für eine Gaststätte, dieses „Café”?
- Der Braunerhof? mein jüngstes Stammlokal… dasjenige, in dem ich die Zeitung lesen und Kameraden vom Orchester treffen kann… Hier kann man auch zu Mittag essen, es ist praktisch… Weißt du, in Wien hat jedes Café seine eigene Note… Man soll nicht zögern, sich ein neues auszuwählen… Das Havelka, zum Beispiel, hat seit einigen Jahren seinen Reiz völlig verloren… Nun ist es voll von Touristen und Studenten, die einen heillosen Lärm machen … Und das Sperl ist etwas traurig geworden, wird kaum besucht…
- Nun, ich habe eine tolle Gaststätte, ein „Café” entdeckt, ganz allein!
- Du, Barbara? Erzähl mal…

Nach Guy Scarpetta


HEC 2005 LV1 (épreuve d'anglais)

Arrivé sur l'île fin novembre, il écrivit à Hada une première lettre pour lui dire qu'elle lui manquait, qu'il en souffrait à chaque instant, qu'il ne pourrait pas vivre longtemps si éloigné d'elle, et qu'il était tenté de tout laisser tomber. Dans une deuxième lettre, postée en février 1914, il se plaignait d'être continuellement malade ; à coup sûr, il ne passerait pas sa vie entière dans cette île ! Que son épouse ne soit pas surprise si, un jour, elle le voyait revenir ! Mais dans une troisième lettre, écrite en mai, il lui apprenait que le travail, finalement, ne lui déplaisait pas, qu'il s'entendait bien avec Gebrayel, et que celui-ci envisageait de lui confier des responsabilités, en lui doublant son salaire initial. Dans la quatrième, il lui annonça sur un ton euphorique qu'il était devenu le bras droit de son beau-frère, lequel ne pouvait plus se passer de lui ; à présent, son choix était fait, il vivrait à Cuba pour toujours, et il était sur le point de louer un grand appartement au centre de la capitale, tout près des magasins La Verdad — installés à présent dans l'ancienne demeure du général Gomez.

Amin Maalouf,
Origines, Grasset & Fasquelle, 2004


Corrigé

 Nachdem er Ende November auf der Insel angekommen war, schrieb er einen ersten Brief an Hada, um ihr zu sagen, dass er sie vermisse und immer wieder darunter leide; er könnte, meinte er, nicht lange so weit weg von ihr leben und fühle sich versucht, alles fallen zu lassen. In einem zweiten Brief, den er im Februar 1914 eingeworfen hatte, klagte er darüber, dass er ständig krank sei; sein ganzes Leben werde er bestimmt nicht auf dieser Insel verbringen! Darum sollte sich seine Frau nicht wundern, wenn sie eines Tages feststellte, dass er zurückgekommen sei!  In einem dritten Brief aber, den er im Mai geschrieben hatte, teilte er ihr mit, dass die Arbeit ihm schließlich einigermaßen gefalle, dass er sich mit Gebrayel gut verstehe und dieser die Absicht geäußert habe, ihm Verantwortung anzuvertrauen, wobei er sein ursprüngliches Gehalt verdoppeln würde.  Im vierten Brief kündigte er ihr in euphorischem Ton an, er sei seines Schwagers rechte Hand geworden und dieser könne nicht mehr auf ihn verzichten. Nun habe er seine Wahl getroffen: Er werde für immer auf Kuba leben und schicke sich an, eine geräumige Wohnung im Zentrum der Hautpstadt zu mieten, ganz in der Nähe der Geschäfte La Verdad, die nun im ehemaligen Wohnhaus von General Gomez eingerichtet seien.

Nach Amin Maalouf

Iéna 2005 LV1  (avec l'autorisation d'Espace Prépas)

Le Figaro : Avant vous, aucun chancelier allemand n'avait participé à la commémoration du Débarquement de Normandie. Votre présence s'explique- t-elle par la fait que votre génération est la première à ne pas avoir connu la guerre ? Ou bien l'Allemagne a-t-elle retrouvé son innocence ? Gerhard Schröder : Ce n'est pas une question de personne. J'ai été invité en tant que représentant politique d'une Allemagne qui fait partie de la communauté des nations et qui est profondément démocratique. Avec la France nous voudrions offrir une perspective à l'Europe. Voilà pourquoi je suis convaincu d'avoir fait le bon choix en acceptant cette invitation pour laquelle je suis très reconnaissant. Il ne s'agit pas de nier la responsabilité de mon pays. Le souvenir du passé doit toujours rester vivace si l'on veut construire une Europe pacifique. Sinon, elle ne pourrait pas avancer. Il faudrait moins parler de culpabilité et beaucoup plus de devoir à l'égard des générations futures.

Le Figaro, 6 juin 2004

Corrigé


Le Figaro : Vor Ihnen hatte kein deutscher Bundeskanzler an der Gedenkfeier der Landung der Alliierten in der Normandie teilgenommen. Ist Ihre Anwesenheit dadurch zu erklären, dass Ihre Generation die erste ist, die den Krieg nicht erlebt hat? Oder hat Deutschland seine Unschuld wiedergefunden? Gerhard Schröder : Die einzelnen Menschen haben damit nichts zu tun. Ich wurde als Vertreter eines Deutschland eingeladen, das der Gemeinschaft der Nationen angehört und zutiefst demokratisch ist. Mit Frankreich möchten wir Europa eine neue Zukunftsperspektive eröffnen. Deswegen bin ich überzeugt, dass ich die richtige Entscheidung getroffen habe, als ich diese Einladung angenommen habe, für die ich auch sehr dankbar bin. Es geht nicht darum, die Verantwortung meines Landes zu leugnen. Die Erinnerung an die Vergangenheit soll immer lebendig bleiben, wenn wir ein friedliches Europa aufbauen wollen. Sonst kann es nicht voranschreiten / vorwärts gehen. Man sollte gegenüber den künftigen Generationen weniger von Schuld und wesentlich mehr von Pflicht sprechen.

Nach Le Figaro


Ecricome 2006 LV1

A propos des relations franco-allemandes, M. Giscard d’Estaing a estimé qu’après le duo Kohl-Mitterrand, il n’y avait plus jamais eu « la même intimité » au plus haut niveau. Comme on lui opposait que la relation Chirac- Schröder semblait bonne, il a répondu : « non. » — Ils s’embrassaient devant les caméras ? « Mais tout le monde s’embrasse devant les caméras » , a ironisé VGE. La relation franco-allemande « est » et « reste bonne ». « Entre les dirigeants, c’est plus compliqué », a observé VGE, en distinguant « trois périodes » dans l’Histoire récente des deux pays. D’abord celle, « très curieuse », entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, « deux hommes de culture très différente », mais « qui se sont entendus, compris ». Puis, il y eut « la grande intimité entre Schmidt et moi ». « Nous avions la même culture, la même expérience, le même goût de l’économie ». Troisième épisode de cette intimité, celle « entre Mitterrand et Kohl, assez paradoxale, car les deux hommes étaient très différents ». Mais « ils avaient développé entre eux, dans les deux sens, une relation personnelle forte et utile ». « Depuis, ça ne s’est pas reproduit », a relevé l’ancien président.

Le Figaro, 6 juin 2004, D’après une dépêche de l’AFP
Dimanche 30 octobre 2005


Corrigé

Zu den deutsch- französischen Beziehungen meinte Giscard d’Estaing, dass nach dem Duo Kohl und Mitterrand „dieselbe Intimität” auf höchster Ebene nie wieder festgestellt wurde. Da ihm entgegnet wurde, das Verhältnis zwischen Chirac und Schröder scheine doch gut zu sein, antwortete er : „Nein.” — Vor den Kameras umarmten sie sich aber ? „Nun, alle Politiker umarmen sich vor den Kameras”, meinte Giscard d’Estaing ironisch. Das deutsch-französische Verhältnis sei und bleibe gut, meinte er. „Zwischen den Führungspolitikern ist es komplizierter”, bemerkte Giscard d’Estaing, wobei er in der jüngsten Geschichte der beiden Länder drei Zeitabschnitte unterschied. Zunächst habe es die Zeit des „recht merkwürdigen” Verhältnisses zwischen Charles de Gaulle und Konrad Adenauer gegeben, zwei Männern, deren jeweilige Kultur stark von der anderen abweiche, die sich aber gut verstanden und einander begriffen hätten. Dann „ist die Zeit der innigen Vertrautheit zwischen Schmidt und mir gekommen. Wir hatten die gleiche Kultur, die gleiche Erfahrung und das gleiche rege Interesse für Volkswirtschaft.” Die dritte Periode dieser Intimität sei die zwischen Kohl und Mitterrand gewesen, „ein ziemlich paradoxes Verhältnis, da beide Männer sich stark voneiander unterschieden; sie hatten aber, jeder zum anderen, eine enge und nützliche persönliche Beziehung entwicklelt.” „Seitdem ist es nicht wieder vorgekommen”, unterstrich der ehemalige Staatspräsident.

Nach der AFP

HEC 2006 LV1

Né le 18 décembre 1879 à Münchenbuchsee (Suisse), Paul Klee se veut d’abord musicien. A onze ans, il est violoniste à l’orchestre municipal de sa ville d’adoption, Berne. En 1898, pourtant il décide d’étudier la peinture, à Munich… Les années passant, Klee s’applique à théoriser et à expliquer son travail, sans doute encouragé par le succès : il a signé un contrat avec la galerie Hans Goltz et y fait en 1920 sa première rétrospective, avec 362 œuvres. En 1920, Walter Gropius lui demande de devenir professeur à l’école d’architecture de Weimar, le célèbre Bauhaus. C’est cette même année qu’il prononce sa formule célèbre : « L’art ne reproduit pas le visible ; il rend visible… » Sa réputation va grandissant ; il suscite l’intérêt des surréalistes, qui l’invitent à participer à leur première exposition collective, à Paris, en 1925. Mais la montée du nazisme met fin à cette histoire heureuse : Klee n’est pas directement touché par la dissolution du Bauhaus, décidée par Göring en avril 1933, car il a démissionné deux ans plus tôt pour enseigner à l’académie de Düsseldorf. Mais il est destitué par le nouveau régime, et ses œuvres sont incluses dans les expositions d’art « dégénéré » organisées par les nazis. Au total, plus de 100 œuvres sont retirées des collections publiques allemandes ou vendues. En décembre 1933, Klee revient à Berne.

Le Monde 24.06.05

Corrigé


Paul Klee wird am 18. Dezember 1879 in Münchenbuchsee (Schweiz) geboren; er will zuerst Musiker werden. Mit elf Jahren wird er Violinist im Stadtorchester seiner Wahlheimat Bern. 1898 entschließt er sich aber, die Malerei in München zu studieren… Jahre verstreichen, in denen sich Klee zunehmend bemüht, sein Schaffen zu erläutern und dessen theoretische Grundlagen zu erarbeiten, wobei sein Erfolg wohl als Ansporn wirkt: Er hat einen Vertrag mit der Galerie Hans Goltz unterzeichnet und eröffnet dort 1920 seine erste retrospektive Einzelausstellung, die 362 Werke umfasst. 1920 lädt ihn Walter Gropius ein, an der Weimarer Bauhochschule, dem berühmten Bauhaus, Professor zu werden. Im gleichen Jahr äußert er seinen berühmten Spruch: „Kunst gibt nicht das Sichtbare wieder, sondern macht sichtbar.” Sein Ansehen wächst immer mehr. Er erregt das Interesse der Surrealisten, die ihn bitten, sich an ihrer ersten kollektiven Ausstellung in Paris im Jahre 1925 zu beteiligen. Der Aufstieg des Nazismus setzt aber dieser glücklichen Periode ein Ende. Klee ist von der Auflösung vom Bauhaus, die im April 1933 von Göring beschlossen wurde, nicht direkt getroffen, denn er ist zwei Jahre früher zurückgetreten, um eine Professur an der Düsseldorfer Kunstakademie anzunehmen. Er wird jedoch von der neuen Regierung abgesetzt und seine Werke werden in die Ausstellungen „Entartete Kunst” mit einbezogen, welche von den Nazis veranstaltet werden. Insgesamt werden über 100 Werke aus den Sammlungen der deutschen Museen beschlagnahmt oder verkauft. Im Dezember 1933 kehrt Klee nach Bern zurück.

Nach Le Monde
 

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Espagnol


 Les traductions et commentaires de cette rubrique sont des oeuvres originales de l'auteur et relèvent donc du Code de la propriété intellectuelle. Elles/Ils peuvent toutefois être utilisées avec des étudiants dans un but pédagogique et non lucratif, à condition d'indiquer leur origine et leur auteur.

 Arnaud Hérard

Epreuves traduites :

1. CCIP 2006 Version LV1 
2. CCIP 2006 Thème LV1
3. CCIP 2006 Version LV2
4. CCIP 2006 Thème LV2
5. Iéna 2006 Thème LV2
6. Ecricome 2006 Thème LV2

Commentaire : SUBLIMATION ET VIRTUALITE DU SON NERUDIEN 

CCIP LV1 2006 Version

Mi vida tampoco es perfecta, yo también tengo mis problemas, me dijo. Ya me imagino, le dije. ¿Qué te imaginas?, me dijo. Pues eso, que tendrás tus problemas, como todo el mundo, le dije. ¿Pero qué has querido decir con eso de « me imagino », qué problemas te imaginas que tengo yo?, me dijo. Yo qué sé, a mí no me líes, le dije, me haces hablar y luego te mosqueas. No, por favor, dime alguno de esos problemas que crees que tengo, me dijo. Yo qué sé, le dije, a lo mejor... ¿Tu marido?, le dije, sin atreverme a afirmarlo. Y dale, la perra que tienes con mi marido*, ¿por qué va a ser un problema mi marido?, me dijo. No sé, porque es... le dije, buscando una palabra para salir del paso, una palabra que no fuera demasiado ofensiva. ¿Qué es?, me dijo impaciente. Un hombre sin mucha sustancia, un poco muermo, me parece a mí, pero es lo que me parece a mí, a lo mejor a ti te parece la alegna de la huerta, le dije. No, la alegría de la huerta no es, pero en ningún sitio está escrito que ser un muermo sea un pecado. Desde luego que no, no es para que te metan en la cárcel, pero me imagino que si te toca acostarte una noche y otra y otra con un muerrno, pues la vida se te hace muy cuesta arriba, le dije, pero como tú bien dices, yo no sé de esto, nunca me he visto en el caso, no sé ni de maridos, ni de niños, ni de nada. Por algo será, dijo.

Elvira Lindo
Una palabra tuya
Ed. Seix Barral, 2005


* Y dale, la perra que tienes con mi marido,  = Et ça recommence, tu l'as vraiment dans le nez mon mari

Corrigé

Ma vie non plus n’est pas parfaite, moi aussi j’ai mes problèmes, m’a-t- elle dit. J’imagine, lui ai-je dit. Tu imagines quoi ?, m’a-t-elle dit. Et bien, que tu as tes problèmes à toi, comme tout le monde. Mais qu’est-ce que tu as voulu dire avec ton « j’imagine », tu imagines que j’ai quoi comme problèmes ?, m’a-t-elle dit. Je sais pas moi, ne m’embrouille pas, lui ai-je dit, tu me demandes mon avis et ensuite tu te vexes. Non, je t’en prie, donne-moi un exemple des problèmes que tu crois que j’ai, m’a-t-elle dit. Qu’est-ce que j’en sais, moi ?, lui ai-je dit, peut-être… ton mari ?, lui ai-je dit, sans vraiment oser l’affirmer. Et ça recommence, tu l’as vraiment dans le nez , mon mari, pourquoi le problème ce serait mon mari ?, m’a-t-elle demandé. Je sais pas, moi, peut-être parce qu’il est… lui ai-je dit, cherchant un truc pour me rattraper, un terme qui ne soit pas trop offensant. Il est quoi ?, m’a-t-elle demandé avec impatience. C’est un homme un peu quelconque, pas très drôle, mais ça n’engage que moi, peut-être que toi tu trouves que c’est un vrai boute-en-train, lui ai-je dit. Un boute-en-train, je n’irais pas jusque là, mais ce n’est écrit nulle part qu’être ennuyeux, c’est interdit par la loi. Bien sûr que non, il n’y pas de quoi te jeter en prison, mais je me dis que si tu dois te coucher soir après soir avec quelqu’un d’ennuyeux, et bien ta vie ne doit pas être folichonne, lui ai-je dit, mais comme tu dis si bien, je n’y connais rien, je ne me suis jamais retrouvée dans cette situation, je ne m’y connais ni en maris, ni en enfants, ni en quoi que ce soit. Il doit bien y avoir une raison à cela, a-t-elle répondu.


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CCIP 2006 LV1 Thème

Sainte Marie, mère de Dieu, j'ai un service à vous demander. Trois fois rien. C'est pas pour moi, c'est pour ma fille Manège. Entre mères, on peut se comprendre. Surtout vous. Avec votre garçon, vous en avez vu de toutes sortes. Je ne dis pas que ma fille est aussi extraordinaire que votre fils. Je le pense, mais je ne le dis pas. Comme vous le savez, puisque vous savez tout, Manège ne ferme jamais les yeux. Je m'y suis faite. Mais voilà maintenant qu'elle dit l'avenir. Elle le dit vraiment. Ce qu'elle annonce arrive bel et bien, comme si l'avenir était une porte au fond d'un couloir et qu'elle avait les bras assez longs pour la pousser, cette porte, et dire avec sa voix d'enfant ce qu'il y a derrière. J'ignore d'où ça lui vient. Toutes les mères veulent un enfant exceptionnel, Sainte Marie. Mais, à ce point-là, je m'étonne, je m'inquiète, je me demande où on va.
C'est la première fois que je vous demande quelque chose. Je suis franche - autant l'être, puisque vous voyez tout-: je ne fréquente guère vos églises. Mais je vous aime, je pourrais même dire que je vous adore, alors, faites un geste, prenez pitié.

Christian Bobin
Tout le monde est occupé
Le Mercure de France, 1999

Corrigé

Santa María, madre de Dios, tengo un favor que pedirte(1) . Una nadería. No es por mí, es por mi hija Manège(2) . Entre madres, bien podemos entendernos. Sobre todo tú(3) . Con tu hijo, las has pasado moradas. No estoy diciendo que mi hija es tan extraordinaria como(4) tu hijo. Lo pienso, pero no lo digo. Como lo sabes, pues lo sabes todo, Manège no cierra los ojos nunca. Ya me he acostumbrado(5) . Pero ahora me(6) viene vaticinando. Vaticina de verdad. Lo que anuncia, sí que ocurre, como si(7) el futuro fuera una puerta al fondo del pasillo y ella tuviera los brazos lo bastante largos como para(8) empujarla, la puerta ésa(9) , y decir con su voz de niña lo que hay detrás. No sé de dónde lo sacó. Cada madre quiere un hijo excepcional, Santa María. Pero así de excepcional, me asombro, me preocupo, me pregunto hacia dónde vamos.
Es la primera vez que te pido algo. Soy sincera –mejor serlo, ya que lo ves todo–: muy pocas veces acudo a tus iglesias. Pero te amo, hasta podría decir que te adoro, entonces, ten un detalle, compadécete de mí.

Notes :

 1) Contrairement au croyant français, le fidèle espagnol s’adresse à Dieu, à la Vierge Marie, au Christ ou aux saints en les tutoyant (« Nuestro padre que estás en el Cielo », « Dios te salve, María, llena eres de gracia, el Señor es contigo », « San José, casto esposo de la Virgen María intercede para obtenerme el don de la pureza”, etc.).

2) Parmi les valeurs causale et finale de la préposition POR, on retiendra ici l’expression d’un intérêt, d’un sentiment (Pierre Gerboin et Christine Leroy, Précis de grammaire espagnole, Hachette Education, Paris, 2000, p.206, § 251 e.).

3) On pouvait également proposer le pronom personnel archaïque Vos, « véritable pronom singulier, bien que le verbe dont [il] est sujet soit employé à la seconde personne du pluriel » et qui n’apparaît plus de nos jours que « dans le style oratoire et […] quand on s’adresse à Dieu ou à un personnage de haut rang » (Jean Coste et Augustin Redondo, Syntaxe de l’espagnol moderne, Sedes, Paris, 1965, p. 185).

4) Rappel du comparatif d’égalité: TAN + adjectif, participe passé ou adverbe + COMO // TANTO (-a, -os, -as) + nom + COMO (Gerboin, op. cit., p. 260, § 299 a,b).

5) Ne pas oublier que le participe passé qui sert à former le passé composé est toujours invariable, même lorsqu’il s’agit d’un verbe pronominal (Gerboin, op. cit., p. 99, § 117).

6) Nous avons choisi le datif d’intérêt pour renforcer l’oralité de la phrase : « certaines constructions comportent un pronom complément dont la présence ne se justifie pas grammaticalement, mais qui permet de souligner l’intérêt que le sujet (ou l’objet) porte à l’action. Cette construction, affective, appartient essentiellement à la langue courante. » (Coste, op. cit., p. 193).

7) COMO SI + subjonctif imparfait. Il fallait voir que cette règle s’appliquait aux deux verbes de la proposition.

8) LO, employé en corrélation avec PARA QUE, sert à former des locutions adverbiales qui sont toujours liées à une subordonnée (ou un complément ) de but (Coste, op. cit., p. 180). COMO sert à renforcer cette notion de but.

9) L’adjectif démonstratif peut se placer après le nom qu’il détermine; dans ce cas, le nom est précédé de l’article défini. Cette tournure sert à renforcer la valeur subjective du démonstratif ; dans la langue écrite, elle n’est envisageable que si le substantif n’est accompagné d’aucun autre élément déterminatif (Coste, op. cit., p. 223).


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Version CCIP LV2 2006

Marco la miró de reojo y se sintió reconfortado por el gesto de Sofia. Pensó que era una pena que una mujer como ella no hubiera encontrado una pareja como es debido. La mujer era guapa, muy guapa, ni ella misma era consciente de su atractivo. Rubia, con los ojos azules, esbelta, simpática e inteligente, extraordinariamente inteligente. Paola siempre le estaba buscando pareja, pero había fracasado en el empeño, los hombres se sentian apabullados en su presencia por su superioridad.
Él no entendía cómo una mujer así podia mantener una relación estable con el bueno de Pietro, pero Paola le decía que era lo más cómodo para Sofia.

 Pietro había sido el último en incorporarse al equipo. Llevaba diez años en el departamento. Era un buen investigador. Meticuloso, desconfiado. al que no se le escapaba detalle por pequeño que fuera. Había trabajado en homicidios durante muchos años y había pedido el haslado harto, según decía, de la sangre. Lo cierto es que le causó buena impresión cuando se lo mandaron para que le entrevistara y le hiciera un hueco en el equipo, ya que siempre se estaba quejando de que necesitaba más gente.

Marco se levantó seguido de Sofia.

 Julia Navarro
 La Hermandad de la Sábana Santa
 Barcelona, Plaza Janés, 2004

Corrigé

Marco la regarda du coin de l’œil et se sentit réconforté par l’expression de Sofia. Il se dit que c’était vraiment dommage qu’une femme comme elle ne se soit pas trouvé quelqu’un de bien. C’était une belle femme, une très belle femme, mais elle n’avait même pas conscience de son propre charme. Blonde, les yeux bleus, mince, sympathique et intelligente, incroyablement intelligente. Paola était toujours en train de lui chercher quelqu’un, mais tous ses efforts avaient été vains, car en sa présence les hommes se sentaient écrasés par sa supériorité. Lui, il ne voyait pas comment une femme pareille pouvait avoir une relation stable avec le brave Pietro, mais Paola disait que c’était ce qu’il y avait de plus simple pour Sofia.

Pietro avait été le dernier à intégrer l’équipe. Il était dans ce département depuis dix ans. C’était un bon enquêteur. Méticuleux, suspicieux, à qui aucun détail n’échappait, aussi infime soit-il. Il avait travaillé sur des homicides pendant des années et, lassé par la vue du sang, d’après ce qu’il disait, il avait demandé son transfert. Ce qui est sûr c’est qu’il lui avait fait bonne impression quand on le lui avait envoyé pour qu’elle lui fasse passer un entretien et lui trouve une place dans l’équipe, vu qu’elle était toujours en train de se plaindre qu’il lui fallait plus de monde.

 Marco se leva, suivi de Sofia.


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CCIP 2006 LV2 Thème

 J'ai demandé au chauffeur de taxi de s'arrêter boulevard de Clichy, au coin de la rue.
C'était le moment de nous quitter. J'ai dit à la pharmacienne :
« Je vous remercie de m'avoir accompagnée. »
Je cherchais un prétexte quelconque pour la retenir. Après tout, il n'était pas si tard que ça. Nous pouvions dîner ensemble dans un café de la place Blanche. Mais c'est elle qui a pris l'initiative :
« J'aimerais bien voir l'endroit où vous habitez. »
Nous sommes sorties du taxi et, au moment de nous engager dans la rue, j'ai éprouvé une curieuse sensation de légèreté. C'était la première fois que je suivais ce chemin avec quelqu'un. La nuit, quand je rentrais seule et que j'arrivais au coin de cette rue Coustou, j'avais brusquement l'impression de quitter le présent et de giisser dans une zone où le temps s'était arrêté.

Patrick Modiano
La Petite Bijou
Editions Gallimard, 2001

Corrigé

 Le pedí al taxista que me parara en el bulevar de Clichy, a la vuelta de la esquina. Había llegado el momento de despedirnos. Le dije a la farmacéutica:
“Le agradezco el haberme acompañado(1) .”
Estaba buscando un pretexto para que se quedara. Al fin y al cabo, tampoco era tan tarde. Podíamos cenar juntas(2) en un bar de la plaza Blanche.
Pero fue elle quien(3) tomó la iniciativa:
“Me gustaría mucho ver el lugar donde vive.”
Nos bajamos del taxi y al adentrarnos(4) en la calle experimenté una extraña sensación de levedad. Por primera vez tomaba este camino con alguien. Por las noches, cuando regresaba sola y llegaba a la esquina de esta calle de Coustoux, de repente tenía la impresión de abandonar el presente y deslizarme por una zona donde se había detenido el tiempo.

Notes :

1) Ou “Gracias por haberme acompañado”. Rappelons que le participe passé qui sert à former le passé composé est toujours invariable (Pierre Gerboin et Christine Leroy, Précis de grammaire espagnole, Hachette Education, Paris, 2000, p.99, § 117).

 2) Le candidat devait avoir remarqué que les deux personnages étaient des femmes (« J’ai dit à la pharmacienne : “Je vous remercie de m’avoir accompagnée”) ; d’où l’accord de junto au féminin pluriel.

 3) Ou la que…pour traduire « qui » ; il fallait en outre être attentif au temps du verbe de la relative (passé simple) qui déterminait le temps du verbe « ser ».

 4) La tournure AL + infinitif indique le moment précis, et souvent ponctuel, où une action première engendre une action seconde. Elle diffère donc du gérondif de temps, qui suppose toujours une durée et l’existence de deus actions parallèles (Jean Coste et Augustin Redondo, Syntaxe de l’espagnol moderne, Sedes, Paris, 1965, p. 375).


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IENA 2006 LV2 Thème

1) N’investissez que dans les domaines présentant les garanties nécessaires.
2) Même s’ils avaient embauché en mai dernier, ils n’auraient pas pu satisfaire la demande.
3) Je me demandais si elle tiendrait compte des tarifs que nous venions de recevoir.
4) C’était en se rendant à l’étranger que leurs cadres avaient le plus appris.
5) C’est un défi que ne pourront affronter que les entreprises les mieux préparées.
6) Bien que le sommet eût été préparé avec soin, les résultats leur avaient paru décevants.
7) Quatre candidats sur dix avaient oublié de renvoyer leurs dossiers dans les délais requis.
8) Allez donc les voir, ils vous diront quand vous serez convoqués.
9) S’ils étaient restés avec moi, ils auraient assisté au premier quart d’heure du match.
10) Il y avait tant de films à voir que j’ai choisi celui dont je connaissais le metteur en scène.

CORRIGÉ

1) Sólo invierta usted en los sectores que presenten las garantías necesarias.
2) Aunque hubieran contratado a gente/hubieran firmado contratos el pasado mes de mayo, no habrían podido satisfacer la demanda.
3) Yo me preguntaba si ella tomaría en cuenta las tarifas qua acabábamos de recibir.
4) Era yendo al extranjeros como más habían aprendido sus ejecutivos.
5) Este es un reto con el que sólo podrán enfrentarse las empresas mejor preparadas.
6) Aunque se había preparado la cumbre con cuidado/con esmero, los resultados les había parecido decepcionantes.
7) A cuatro candidatos de cada diez se les había olvidado volver a enviar sus expedientes en los plazos requeridos.
8) Pásense ustedes a verles, les dirán cuando serán convocados.
9) De haberse quedado conmigo/Si se hubieran quedado conmigo, habrían asistido al primer cuarto de hora del partido.
10) Había tantas películas que/por ver que elegí la de la cual/ de la que conocía al director.


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ECRICOME 2006 LV2 Thème

1) C’est grâce à beaucoup d’efforts qu’il parvint à atteindre le poste qu’il occupe. Quelle belle carrière !
2) Ne faites rien contre ce projet de développement durable, lui avait-il dit avant que le directeur n’arrive.
3) Pourvu que les Boliviens puissent enfin aller voter début décembre. Les élections ont été reportées si souvent.
4) Il faudrait qu’il réussisse absolument sa mission pour que nous acceptions de lui renouveler son contrat.
5) Si jamais vous avez cinq minutes en rentrant du concert, passez donc nous voir pour prendre un verre.
6) Ses affaires sont d’autant plus prospères qu’il a vraiment su profiter de certaines occasions pour investir.
7) Faites donc comme bon vous semble, mes amis, nous verrons bien si nous divergeons à ce sujet.
8) Quels que soient vos renseignements sur cette question, il ne vous sera pas facile de l’élucider.
9) Alors qu’on les croyait disparus depuis huit jours, on les vit reparaître sans donner aucune explication.
10) Si les actionnaires n’étaient pas d’accord avec la décision à prendre, ils le feraient très rapidement savoir.

CORRIGÉ

1) Fue mediante/gracias a muchos esfuerzos como logró conseguir/ obtener el puesto que ocupa. ¡Menuda carrera!
2) No haga nada contra este proyecto de desarrollo sostenible/ sustentable/duradero le había dicho él antes de que llegara el director.
3) Ojala los bolivianos puedan por fin ir a votar a principios de diciembre. Las elecciones ya se aplazaron tantas veces.
4) Sería necesario que él cumpliera/Tendría él que cumplir absolutamente con su misión para que aceptáramos renovársele el contrato.
5) Como tengáis/Si acaso tenéis cinco minutos al volver del concierto, pues pasaos a vernos para tomar una copa.
6) Sus negocios son/resultan tanto más prósperos cuanto que supo aprovechar de verdad ciertas oportunidades para invertir.
7) Haced como os parezca/como os dé la gana, amigos míos, ya veremos si discrepamos al respecto.
8) Cualesquiera que sean sus informaciones/datos a propósito de este asunto, no le resultará/será fácil dilucidarlo.
9) Cuando/Mientras se pensaba que habían desaparecido desde hacía ocho días, se les vio volver a aparecer sin dar explicación alguna/ninguna explicación.
10) Si los accionistas no estuvieran de acuerdo con la decisión/medida por tomar, lo darían a conocer muy pronto.


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Commentaire :
 
SUBLIMATION ET VIRTUALITE DU SON NERUDIEN

 “La hora de los silencios que no tienen palabra” vient de sonner. Le Chant II du Chant Général touche à une limite infranchissable et la déborde. Les morts de Macchu Picchu n’ont pas seulement disparu : ils n’ont vécu que pour mourir. Il n’y a place, en présence de ce malheur sans rémission, de cet asservissement total, que pour la mélancolie. Ou pour la poésie. Après “Alturas de Macchu Picchu”, le locuteur peut aborder les victimes des massacres de 1946, les morts inconnus et les morts connus comme Miguel Hernandez (“A Miguel Hernandez asesinado en los presidios de Espana”, cinquième pièce du chant XII, “Los ríos del canto”). De même entame-t-il “La arena traicionada” (Chant V) par un poème qui désavoue l’oubli et prône l’ouverture des lèvres :

 Tal vez, pero mi plato es otro, mi alimento es distinto :
mis ojos no vinieron para morder olvido :
mis labios se abren sobre todo el tiempo, y todo el tiempo,
no sólo una parte del tiempo ha gastado mis manos.

 Le locuteur entend se vider de soi pour incorporer l’autre, anonyme et silencieux, dans une fraternité de la parole, dans une voix humaine et un chant d’amour dont l’objet aimé est la patrie, l’Amérique, les peuples, les gens, les individus. L’entreprise poétique est, au sens le plus fort et le plus noble, profondément politique et humaniste en son essence. Désormais, le locuteur nérudien se trouve engagé dans des luttes quotidiennes contre les silences et découvre, au cours de son combat, d’autres virtualités langagières qui vont alimenter et ressourcer sa poésie, bouleverser les structures des textes, les rythmes de la verbale, les registres et les intonations de voix. Lorsque le sujet poétique, axe de prédilection de l’armature poétique, conduit le chant huitième, le discours brasse plusieurs langages et des registres distincts, de même qu’il prête à ses allocutaires intratextuels des facultés d’écoute et d’expression aussi riches et multiples que les siennes. Face à un monde humainement et matériellement pluriel, le son optera, lui aussi, pour la multiplicité au travers de la voix des autres. Aussi le locuteur du Chant Général affirme-t-il, dans “Dicho en Pacaembú (Brasil, 1945)” :

 Yo quisiera contarte, Brasil, muchas cosas calladas, l
levadas estos años entre la piel y el alma,
sangre, dolores, triunfos, lo que deben decirse
los poetas y el pueblo : será otra vez, un día.

 Hoy pido un gran silencio de volcanes y ríos.

 Un gran silencio pido de tierras y varones.

 Pido silencio a América de la nieve a la pampa.

 Silencio : la Palabra al Capitán del Pueblo.

 Silencio : Que el Brasil hablará por su boca. (v. 65-73)

 À ce niveau de son évolution sonore, la voix poétique se prépare à cette grande choralité que sera la chant VIII, “La tierra se llama Juan”, une fois que le son aura germé de la terre : "dicen en silencio : “Túpac”,/ y Túpac germina en la tierra."

 Hervé Le Corre, dans une étude consacrée à l’énonciation dans le huitième chant, a parfaitement su démontrer la mixité de ces voix, autrefois muettes, dans ces morceaux chantées avec les mêmes mots du peuple, au travers de la voix du “poète-relais” (Hervé Le Corre). C’est grâce à ces “poèmes-reportages schématiques” (Fernando Alegria) que le sujet poétique dénude la matière première qui construit tout recueil : la pluralité des sons et la pluralité des voix.
Ce que disent les protagonistes de ce chant, passés les deux premiers poèmes qui entérinent ou préfigurent l’espoir révolutionnaire, c’est le silence dans lequel ils ont toujours vécu, cette blessure infligée par l’aliénation ou l’humiliation. Et, comme par magie, la parole prend le relais puisque le corps se fige, se meurt. Le sujet poétique, ce sujet “relais”, est alors pressenti pour donner une parole, un son à ces silences.
Le chuchotement de la parole et la parole comme témoignage demeurent les seuls moyens auxquels pouvait espérer se raccrocher Benilda Varela, parmi tant d’autres. La nécessité de la parole se fait alors urgence, comme le souligne cette temporalité présente. Après la catastrophe de Sewell, tous se retrouvent enfouis, parole comprise. Abandonnés, ils amorcent leur voyage en enfer, ce même voyage que subissait, quelques vers plus avant, le sujet résidenciaire, lui aussi en la tierra.
Toutefois, et fort heureusement, c’est d’une parole autrefois enfouie, mais désormais retrouvée, prise et transmise dont il s’agit. “La tierra se llama Juan”, ne l’oublions pas. Ce qui circule, c’est la parole dont les locuteurs, y compris le poète, sont les relais” . Ce qui se dessine, ce qui surgit et germe du silence, c’est un authentique et original “tissage de voix” (Hervé Le Corre). Les voix des locuteurs sont extraordinairement enchâssées, imbriquées, emmêlées. Si bien que le mystère plane et que, comme dans ce même poème, nous venons à nous interroger sur l’identité du locuteur des parenthèses de “Olegario Sepúlveda (Zapatero, Talcahuano)”.
Même si aucune parole ne semble assignable à une entité énonciatrice, cette pièce recèle une virtuosité et une virtualité sonore. Dans maints textes de ce chant, c’est une énonciation plurielle qui tendrait à s’imposer, une énonciation qui inclurait le sujet lyrique dans un ensemble plus vaste. Toutefois, contrairement à ce que l’on pourrait penser, “Olegario Sepúlveda (Zapatero, Talcahuano)” présente, à l’intérieur même de son corps, une communion parfaite entre paroles d’Olegario et paroles du sujet nérudien. Nous avons dépassé le stade qui consistait à savoir qui parlait finalement. Ici, c’est la voix poématique, la voix du poème, faites des propos du locuteur nérudien virtuellement confondues avec ceux du cordonnier. Selon nous, le sujet lyrique avoue un penchant pour les sonorités caractérisées par un accent écrit. Or, si nous adoptons cette grille de lecture, nous devinons une continuité, une fonte et une porosité de la parole poétique. Et c’est un tout autre poème que nous lisons : Olegario Sepúlveda a été victime de la présence étouffante de la terre (“la boca se me llenó de tierra”, v. 7 ; “una montaña de polvo/ enterró las palabras”, v13-14). Ce qui était enterré, c’était le corps et la parole d’Olegario. Pourtant seule la parole du cordonnier inscrira dans l’espace du poème la trace du locuteur nérudien. Encerclée par “Sepúlveda”, c’est toute l’histoire de la voix poétique, qui est résumée, ici, subliminalement. Un diptyque (“ahí” // “aquí”) retrace la trajectoire poétique : “allí grité”, “ me llenó”, “grité más”, “me dormí”, “enterró”, “aquí”, “único”, “sombrío Pacífico”, “pústulas”, “lágrimas”. Encore une fois, ces mots portant un accent graphique s’offrent à nous tels des notes de musique. Une musique subliminale qui chante et raconte -canta et cuenta- l’aventure ontologique du locuteur, prisonnier d’un silence centripète -“ahí”-, et qui s’ouvre “aquí”, sur l’Autre.
Cette fois-ci, c’est le locuteur Olegario qui se retire, subliminalement, à un second plan pour qu’arrivent à la surface du texte les sons et les mots enfouis. Échange de bons procédés : le locuteur nérudien écoute généralement, tout empreint d’une mission messianique et d’une gravité solennelle, cet Autre :

 No puedo apartar mi voz de cuanto sufre.
(...)
pero no puedo, no puedo

 sino arrancar de tu silencio
una vez más la voz del pueblo,
elevarla como la pluma
más fulgurante de la selva,
dejarla a mi lado y amarla
hasta que cante por mis labios.

 En laissant s’exprimer ces voix du peuple, le sujet lyrique dévoile un chœur, une sonorité hétérophonique, fille du silence. La sonorité et ses manifestations suivent leurs mutations, pour devenir chant global, supplice écrit et chanté, qui orquestre la totalité de cette symphonie et qui fait que se produisent, de façon cohérente, les solos à un moment donné. Tout n’est qu’une question de sublimation. La parole enfouie resurgit et mesure sa valeur à l’aune du silence. Silence, agent révélateur. Nous nous acheminons vers une pluralité convergente des voix et vers une communauté co-locutrice :

 “vamos a hablar nosotros”.

 La voix poétique ne se présente plus seulement comme origine de la parole : elle est, par le silence, mise en demeure de parler. Le silence est donc un moment de son passage. S’il est arrivé que cette parole s’aliène -pensons aux Résidences-, son ambition est bien la désaliénation à travers le travail poétique, dans la fluence de la parole des autres.

 Pero mi canto fue buscando los hilos del bosque,
secretas fibras, ceras delicadas,
y fue cortando ramas, perfumando
la soledad con labios de madera.
Amé cada materia, cada gota
de púrpura o metal, agua y espiga,
y entré en espesas capas resguardadas
por espacio y arena temblorosa
basta cantar con boca destruida
como un muerto, en las uvas de la tierra.

 En fin de compte, le sujet lyrique vient de dessiner les courbes et les volutes de l’autre versant du langage. Tout en se greffant sur du discours, ce langage n’est plus seulement destiné à la communication. C’est un lieu de création verbale constante. Le caractère silencieux et latent de ce langage, ce qu’il a de fruste dans sa souplesse et de simple dans ses opérations, le rendent fulgurant.

 




     
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